Les revendications des adoptés coréens au Danemark : un procès pour adoptions illégales
Au Danemark, un groupe de huit personnes d’origine coréenne a récemment décidé de porter plainte contre l’État, réclamant justice et reconnaissance pour des adoptions qu’ils estiment illégales. Ces plaignants, nés en Corée, sont arrivés au Danemark dans les années 1970 et 1980, pensant avoir été abandonnés. Cependant, leur histoire, comme celles de nombreux enfants adoptés à cette époque, révèle souvent des vérités troublantes et des droits bafoués. Ce procès soulève des questions cruciales sur les pratiques d’adoption internationales et les responsabilités des États dans de tels processus.
Les plaignants sont motivés par le souhait que le gouvernement danois prenne conscience de son rôle dans ces adoptions souvent trompeuses. Ils demandent à ce que l’État reconnaisse sa responsabilité et fasse amende honorable pour les souffrances endurées. Parmi eux, Sofie Randel, qui à l’âge de trois ans, est arrivée au Danemark avec son frère, en 1977. Pendant des décennies, Sofie a cru à l’histoire d’une adoption « salvatrice », mais sa quête pour comprendre ses origines l’a conduite à découvrir un tout autre récit.
Les enquêtes menées récemment montrent que, entre 1970 et 1989, près de 7 220 enfants coréens ont été adoptés au Danemark, souvent en étant qualifiés d’« enfants trouvés ». Ces pratiques d’adoption ont souvent été effectuées sans respect des droits fondamentaux des enfants, un fait grave qui nécessite un examen rigoureux par les autorités.
Le contexte historique des adoptions coréennes au Danemark
Les années 1970 à 1980 marquent une période de forte émigration d’enfants coréens vers des pays comme le Danemark. Ce mouvement était en grande partie motivé par des circonstances économiques et sociales difficiles en Corée du Sud, qui ont conduit à la création de nombreux orphelinats. Les agences d’adoption, tant au Danemark qu’en Corée, ont alors pris des libertés avec les vérités entourant ces adoptions.
Il est essentiel de se pencher sur les raisons qui ont poussé ces enfants à être confiés à des familles adoptives. Beaucoup de ces enfants n’étaient pas des orphelins au sens strict, comme c’est souvent l’idée reçue, mais étaient issus de familles en difficulté financière ou sociale. Dans le cas de Sofie Randel, sa mère, face à des difficultés économiques, avait temporairement confié ses enfants à un orphelinat, croyant qu’ils reviendraient bientôt. Malheureusement, cela ne s’est pas passé comme espéré.
Des témoignages, comme celui de Sidse Koch Jørgensen, une autre plaignante, révèlent que les conditions entourant les adoptions étaient souvent obscures et mal documentées, créant ainsi des souffrances ineffables pour les adoptés. Ces enfants, qui ont cru pendant des décennies à une histoire fabriquée, découvrent aujourd’hui des réalités parfois très douloureuses. Dans le cas de Sidse, les documents officiels laissaient planer des doutes sur le consentement de sa famille biologique.
Les mécanismes de l’adoption: entre espoir et tromperie
Les agences d’adoption, tant en Corée qu’au Danemark, jouaient un rôle particulier dans ce système. Elles étaient souvent sous le contrôle de l’État danois, recevant des fonds pour faciliter ces adoptions. Au total, ce sont presque 54 millions de couronnes (soit environ 7,2 millions d’euros) qui auraient été versés pour ces démarches, en grande partie sans transparence. Cela soulève des questions éthiques importantes sur la manière dont les États gèrent les droits des enfants dans le cadre des adoptions internationales.
Il est crucial de comprendre l’impact psychologique sur les adoptés. En découvrant que leurs originaux étaient différents de ceux qu’on leur avait présentés, ces individus ressentent une double trahison : celle de leurs familles biologiques et celle de l’État qui devait les protéger. Comme l’affirme Peter Møller, un militant pour les droits des adoptés, le Danemark a longtemps caché ces vérités sous le tapis, alors que la Corée du Sud a eu le courage d’admettre ses erreurs. Ce contraste fait naître des interrogations sur la responsabilité morale des pays occidentaux face à leurs actions du passé.
La quête de vérité et de justice des adoptés
Face à ces révélations, le groupe de plaignants représente bien plus qu’une simple statistique ; ils incarnent une génération entière d’adoptés dont l’identité a été façonnée par une histoire que l’on leur a cachée. Leur quête pour la vérité touche à des éléments fondamentaux tels que le droit de connaître ses origines et l’identité familiale. Ce combat revêt une importance capitale, non seulement pour eux-mêmes mais aussi pour de nombreux autres adoptés se trouvant dans des situations similaires.
Les plaignants demandent des réparations financières, mais également une reconnaissance officielle des injustices subies. Chacun des huit demande une indemnité de 250 000 couronnes (environ 33 000 euros), mais le vrai but va au-delà de l’argent : il s’agit de garantir que les droits des enfants soient respectés à l’avenir. Cette affaire pourrait établir un précédent et pousser d’autres pays à réexaminer leurs histoires d’adoption.
L’impact sur le débat public
Ce procès catalyse également un débat public plus large sur les droits des enfants et les pratiques d’adoption. Il soulève des questions sur l’éthique des adoptions transnationales, et met en lumière la nécessité d’un cadre légal amélioré pour protéger les enfants et leurs familles biologiques. En effectuant ce travail de recherche sur leurs origines, ces adoptés espèrent éclairer la société sur les enjeux auxquels ils font face.
Les perspectives d’avenir pour les droits des adoptés au Danemark
À mesure que cette affaire se déroule, il est impératif d’examiner les conséquences que cela aura sur les politiques d’adoption au Danemark et ailleurs. Les résultats de ce procès pourraient bien influencer la manière dont les États gèrent les adoptions internationales, définissant ainsi un cadre plus respectueux des droits de l’enfant. Cela soulève également des questions sur la manière dont les gouvernements prennent la responsabilité de leurs actions passées.
Les témoignages d’adeptes mettent en exergue la nécessité d’un suivi des adoptions, mais aussi d’un accompagnement psychologique pour les adoptés. Une autre dimension à considérer est l’importance d’un dialogue ouvert entre les familles biologiques et les adoptés, afin d’établir un environnement où la vérité peut être relayée sans crainte.
Les plaignants, comme Sofie et Sidse, sont bien conscients que leur lutte va au-delà de leur propre histoire. Ils espèrent qu’en attaquant les injustices du passé, ils permettront à d’autres d’ouvrir la porte à des réformes nécessaires afin de garantir que les droits des enfants, indépendamment de leur origine, soient respectés et défendus. L’issue de cette affaire est donc autant un combat pour la justice personnelle qu’une lutte pour la dignité humaine et les droits fondamentaux.
| Adopté | Origine | Année d’arrivée au Danemark | Demande d’indemnité (couronnes) |
|---|---|---|---|
| Sofie Randel | Corée du Sud | 1977 | 250,000 |
| Sidse Koch Jørgensen | Corée du Sud | 1983 | 250,000 |
| Peter Møller | Corée du Sud | 1978 | 250,000 |
| Autres plaignants | Corée du Sud | 1970-1989 | 250,000 |
Source: www.boursorama.com



